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If you smile when no one else is around, you really mean it.
Andy Rooney

Il m’arrive souvent de sourire toute seule. Il me suffit juste de penser à une personne que j’aime ou à un moment agréable. Ou juste en regardant quelqu’un sourire.
Le sourire le plus contagieux : celui d’un enfant.

Encore ce matin, dans le métro : une jeune femme s’assied face à moi, son petit sur les genoux. L’enfant lève les yeux vers moi, me dévisage, ne me lâche pas. Et moi qui le fixe sans ciller, mes yeux voulant englober son être tout entier. Pendant une fraction de seconde, je me dis que je devrais peut-être lui sourire, ou bien lui faire une grimace, comme font la plupart des gens qui côtoient des enfants. Puis je m’oublie, lis simplement ce que je perçois, et me dis finalement que non, l’enfant n’a pas envie de ça. Lui qui voit des grimaces et des sourires forcés à longueur de journée, a peut-être juste envie de retrouver des yeux qui voient le monde comme lui le voit. Une vision neuve, entière et vraie, sans a priori, qui ne s’encombre pas de ces masques bizarres que les adultes portent souvent, autant de filtres limitants sous leurs apparences protectrices. Certes, l’enfant aime sans doute les masques, puisqu’il aime sans doute les clowns. Mais peut-être que c’est, justement, parce qu’il ne se doute pas qu’il en portera probablement un aussi, un jour. Sauf si, comme moi, les masques l’effraient.
Sa mère a remarqué notre discussion muette, elle semble mi-amusée, mi-agacée. Je fais mine de ne pas m’en apercevoir et continue ma prose silencieuse et sobre. Le petit me répond en m’envoyant quelques signes d’amusement.

Après quelques secondes, il me sourit, je lui souris. Il rit, je ris. La mère a un léger hoquet de surprise, puis laisse échapper un petit rire contenu. L’enfant ne se défait pas de notre lien et, progressivement, son rire gagne en intensité. J’en deviens hilare, ce qui le pousse à avoir un vrai fou-rire. Un fou-rire extraordinaire, libérateur, puissant, communicatif jusqu’à se propager aux deux autres adultes près de nous. Maintenant c’est sa mère qui a un vrai rire. Et les autres autour qui la regardent, qui couvent l’enfant de cet instinct protecteur, ont également un sourire aux lèvres. Un vrai.
Et les masques tombent.

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