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J’aime bien provoquer, d’où ce titre. Evidemment non, la peur n’est pas mon amie. Du moins pas pour l’instant. Mais j’y travaille et je pense qu’elle est presque encline à collaborer.
Bon.
C’est vrai qu’en ce moment, j’ai particulièrement peur. Et j’ai peur de tout, même des pigeons. Surtout ceux qui font leur nid devant ma fenêtre. Parce que je ne vois pas comment je pourrai nettoyer leur bazar une fois que leurs nouveaux tas de plumes seront partis, que je vais encore faire de l’asthme et tousser, ce qui fera peur aux autres pigeons.
Bref.

J’ai remarqué que la peur avait systématiquement une même origine : le manque de temps pour réagir à une situation nouvelle et trouver les moyens d’y faire face. Elle nous ramène à notre instinct primaire, animal, en éveillant une alerte de survie. Elle est généralement considérée comme une émotion négative, même si elle est en réalité très précieuse. Elle ranime notre vigilence, secoue nos sens et nous indique que nous sommes repliés sur nous-mêmes, complètement absorbés par l’objet de la peur et absents au reste du monde. La peur est une sorte d’ordre émis par notre cerveau reptilien, une injonction nous obligeant à concentrer toute notre attention sur un potentiel danger. Ainsi, elle protège, met en garde. Alors, elle révèle nos limites et la façon dont nous pouvons les dépasser. Sortir de sa zone de confort, c’est justement oser aller là où on ne voit pas l’horizon pour réduire la hauteur d’une peur et, au final, l’enjamber d’un simple pas.

Alors oui, elle paralyse. Elle nous fige et nous tyranise. Le réflexe serait d’essayer d’en sortir en la fuyant. Pourquoi pas, sauf que cette solution n’est pas très efficace à long terme : la peur revient alors comme un boomrang, en puissance décuplée, et sans crier gare. Lutter contre, c’est toujours renforcer ce contre quoi nous luttons. Et c’est justement dans ces moments là que nous perdons nos moyens. Nous devenons alors incapables de retrouver un sens à ce que nous vivons et à nous retrouver nous-mêmes parce que nous nous focalisons, nous nous bloquons sur notre angoisse elle-même.

Comment donc apprivoiser la peur? L’épouser. Lui donner toute sa place. L’investir, y entrer complètement. Laisser le corps réagir aux émotions qui le saisissent. Et pour cela, il faut envisager le pire, jusque dans ses méandres les plus profonds, jusque dans les tréfonds de ses marasmes les plus absolus : si on a peur de quitter un emploi ou une personne qui ne nous convient pas, de changer de vie, d’être abandonné ou de perdre tout ce qu’on a, il faut oser envisager comment ce sera alors. Devenir un clochard, rester seul…les hypothèses les plus terrifiantes sont alors démystifiées car explorées et assumées. Elles disparaissent ensuite pour céder la place à l’action qui convient au risque qui me menace. Je me dis alors “Vas-y ! Ne pense pas, ne raisonne pas. Imagine le pire. Explore les recoins les plus sombres de ta craînte.”

Et oui, ce n’est pas une sensation agréable. Le but de cette méthode n’est pas de rendre la peur agréable, mais de la rendre efficace. Une peur, c’est un peu comme un courant marin. Il ne sert à rien de batailler contre lui, on s’épuise en vain. Il vaut mieux apprendre à naviguer avec lui. La peur est alors une sorte de cap à franchir, une frontière à traverser. Si nous la traversons, nos rapports avec le monde et notre liberté s’en trouveront décuplés.

Quelques petits moyens de se rassurer, le temps d’un instant :

Si l’on est assis, prendre conscience du poids de notre corps sur la chaise, de la pression du dossier contre le dos. Appuyer le dos contre le dossier et imaginer que chaque vertèbre se relâche, tout doucement, progressivement. Avoir la sensation que chaque membre pèse plus lourd. Puis fermer les yeux et se centrer sur soi. C’est-à-dire prendre conscience de tout ce qui se passe à l’intérieur : le rythme de la respiration, les épaules qui se soulèvent à chaque inspiration, la façon dont on perçoit cette détente qui grandit progressivement. Respirer par le ventre et allonger l’expiration.

La marche, aussi, peut être très efficace. Il suffit alors de percevoir la façon dont notre poids se répartit au contact de nos pieds sur le sol, et de se laisser bercer par le rythme que notre corps impulse.

Les images, enfin, sont un excellent moyen de se rassurer : revoir un instant de bonheur nous fait rapidement sourire. Et relativiser. Plus on prend le temps de percevoir chaque détail de cet instant, plus on le revit. Et plus on se détache.

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